Je la connais depuis toujours puisqu’elle pousse un peu partout ici. Elle est si naturelle dans mon décor que j’avais oublié de la regarder vraiment. Jusqu’au jour où, il doit y avoir près de quinze ans, une jardinière m’en a parlé avec enthousiasme. Elle m’a appris à l’observer.
Ses capitules épineuses, dressées à près de 2 m. de haut, sculptent le paysage. Rondes et épineuse à la fois, chardon velouté de lilas, leur graphisme est subtil.
Puis elle a une fausse histoire. Ce bon vieux Linné, qui ne devait pas avoir de tisserands dans la famille, lui a attribué un rôle qu’elle n’a jamais joué (fullonum = des foulons). C’est sa sœur qui lui ressemble très fort, Dipsacus sativus qui a été intensément cultivée dans les régions lainières. Avec ses têtes séchées, on confectionnait des peignes avec lesquels on grattait des heures durant les draps de laine. En accrochant le tissu avec ses aiguillons, elle redressait des fibres de laine pour former un velouté doux et chaud. Si Dipsacus sativus, faute d’emploi, a presque disparu de notre paysage, D. fullonum, l’usurpatrice malgré elle, est toujours là.
Au jardin, elle est très facile à vivre. Les feuilles des jeunes semis sont simples à reconnaître: sur la face supérieure, elles sont hérissées de petites épines. Sécheresse, pluie, chaleur ou froidure, elle s’en fiche. Bisannuelle, elle demande juste un peu de froid en hiver pour donner au jeune bourgeon central le courage de démarrer au printemps suivant. Je la laisse vagabonder où bon lui semble. Bonne fille, elle reste raisonnable.


















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