Le mordoré vacille entre le cuivre et le bronze. Il est d'or comme une feuille d'automne et chaud comme une châtaigne lissée par une main d'enfant au fond d'une poche. Vivant, il caresse de velours l'œil qui le croise et tente la main qui n'ose le toucher.
J'aimerais lui consacrer un petit coin du jardin jaune, mais il est rare dans la nature. J'ai rassemblé quelques Carex flagellifera, j'ai renoncé au Rodgersia pinnata 'Chocolate' qui a besoin d'humidité et j'ai laissé se ressemer le fenouil 'Bronze' (Foeniculum vulgare 'Giant Bronze'). Dans les coins plus sombres, j'ai encouragé les Heuchera 'Caramel'.
Mais tout cela manquait de conviction et de rythme, jusqu'à ce que je découvre la Digitalis ferruginea. Méditerranéenne, elle se réjouit de la sécheresse estivale. Altières et superbes, ses longues hampes dressées se drapent d'ambre en été. J'en ai planté tant et plus, mais bisannuelle ou vivace éphémère, elle ne se divise pas. Il faut chaque année ou presque, la ressemer. Après quelques saisons, je me suis lassée de la manœuvre aux résultats variables.
Chez Marni's, j'ai trouvé la Digitalis parviflora, sa cousine alpine. Elle est plus trapue, c'est dommage, mais l'épi, plus dense et plus affirmé, dégouline de gouttes de miel de haut en bas. Elle apprécie autant la sécheresse et est aussi éphémère, mais, nuance de taille, elle se divise! Un coupe de bêche au printemps vous en donne deux rajeunies. Elle adore se mêler aux toupets chamois d'un Calamagrostis 'Karl Forster' ou taquiner les épillets d'une Stipa gigantea.
Et devant une Rosa 'Buff Beauty' ou 'Ghislaine de Féligonde', elle serait si raffinée qu'elle me réconcilierais presque avec les roses.



















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