Le mordoré vacille entre le cuivre et le bronze. Il est d'or comme une feuille d'automne et chaud comme une châtaigne lissée par une main d'enfant au fond d'une poche. Vivant, il caresse de velours l'œil qui le croise et tente la main qui n'ose le toucher.
J'aimerais lui consacrer un petit coin du jardin jaune, mais il est rare dans la nature. J'ai rassemblé quelques Carex flagellifera, j'ai renoncé au Rodgersia pinnata 'Chocolate' qui a besoin d'humidité et j'ai laissé se ressemer le fenouil 'Bronze' (Foeniculum vulgare 'Giant Bronze'). Dans les coins plus sombres, j'ai encouragé les Heuchera 'Caramel'.
Mais tout cela manquait de conviction et de rythme, jusqu'à ce que je découvre la Digitalis ferruginea. Méditerranéenne, elle se réjouit de la sécheresse estivale. Altières et superbes, ses longues hampes dressées se drapent d'ambre en été. J'en ai planté tant et plus, mais bisannuelle ou vivace éphémère, elle ne se divise pas. Il faut chaque année ou presque, la ressemer. Après quelques saisons, je me suis lassée de la manœuvre aux résultats variables.
Chez Marni's, j'ai trouvé la Digitalis parviflora, sa cousine alpine. Elle est plus trapue, c'est dommage, mais l'épi, plus dense et plus affirmé, dégouline de gouttes de miel de haut en bas. Elle apprécie autant la sécheresse et est aussi éphémère, mais, nuance de taille, elle se divise! Un coupe de bêche au printemps vous en donne deux rajeunies. Elle adore se mêler aux toupets chamois d'un Calamagrostis 'Karl Forster' ou taquiner les épillets d'une Stipa gigantea.
Et devant une Rosa 'Buff Beauty' ou 'Ghislaine de Féligonde', elle serait si raffinée qu'elle me réconcilierais presque avec les roses.



















Des déclinaisons tout en subtilité qui doivent apporter une atmosphère presque irréelle où le vert est absent. Et pour couronner le tout un cercis Forest Pansy, un gleditsia ruby lace ou un albizia summer chocolate.
Rédigé par : Duojardin | 27/11/2011 à 22:03
Une teinte que j'affectionne particulièrement. Et si le sec ne la rebute pas, elle aurait pour moi toutes les qualités. On la trouve partout cette beauté ?
Rédigé par : monique, jardinenvalois | 28/11/2011 à 08:35
Voilà une excellente idée d'associations mais chez Spruyt la "Milk chocolate" demande 1 sol neutre,peut aller à mi ombre et vivace! Chez Silène,soleil et sol sec! Chez La Roche St Louis,il demande 1 sol humifère! Alors quid? Tu sais toi Sophie?
Rédigé par : c.ost | 28/11/2011 à 11:53
Excellent ces arbustes mordorés que tu ajoutes, Duojardin! J'ai un faible pour le Gleditsia. Le Cercis Forest Pansy, bien que superbe, est plus rouge pourpre me semble-t-il.
On ne la trouve pas partout, Monique. Mais elle n'est pas pour autant rarissime.
Mon humble expérience, Ost, m'a montré que D. feruginea et D. parviflora, qui cohabitent ici à 1 m distance, supportent parfaitement le soleil et la mi-ombre très sèche en été, sur sol pauvre à moyennement riche. Pour le reste ....
Rédigé par : sophie | 28/11/2011 à 22:58
Pleine de poésie ton entrée en matière, elle est curieuse cette digitalis, rien à voir avec ses copines !
En quelque sorte, tu aimes voir l'automne au printemps, ce n'est pas une mauvaise idée, des tons chauds et doux.
Pourquoi es-tu fâchée avec les roses ? Elles n'ont pas su aimer ton jardin ? Ou tu détestes te piquer les doigts ?
MC
Rédigé par : Marie-Claude | 29/11/2011 à 07:35
Un très bel article documenté et poétique... comme d'hab ! Bravo.
Rédigé par : claire p. | 29/11/2011 à 09:16
Coucou Sophie!
Encore un article bien sympa oui!
Ces Digitales aux tons si doux sont mes favorites aussi! Je ne sais plus voir les digitales roses, elles m'agacent dans les jardins alors qu'elles me plaisent toujours autant dans la nature...Au jardin je leur ai préféré des plus colorées comme 'Spice Island'.
Mais ma préférée, et je pense qu'elle te plairait Sophie, c'est Digitalis stewartii : http://www.janvanduinen.nl/ferruginea.html
Certains pensent que c'est un hybride entre la ferruginea et une autre de mes chouchoutes, D.laevigata : http://www.mrugala.net/Nature/Plantes/Photos/Digitale%20-%20Digitalis%20Laevigata%20(01).jpg
C'est Thierry Delabroye qui me l'a fait découvrir, il en avait plusieurs godets dont personne ne voulait, elles n'ont pas fleuri la première année, j'en ai donc déduit que c'était un genre de bisannuelle et puis l'année dernière, les tiges ont commencer à monter, à monter jusqu'à me dépasser et faire presque 2mètres, à mi-ombre. Et puis cette année, rebelotte. Thierry me dit qu'elle est vivace et je pense que c'est le cas, mais il me semble que ce doit être une vivace à courte durée de vie. Je n'ai aucun semis spontané, je n'en ai jamais eu même de la digitale commune, ma terre ne doit pas convenir au semis (et puis je mulch beaucoup), mais j'ai récolté et semé des graines cette année.
La parviflora me plait bien, je ne l'ai pas encore essayé ici, elle ferait merveille ici au pied d'un Vitex blanc et Phlomis samia!
Rédigé par : Bulbi | 29/11/2011 à 12:34
Le velours d'une bien belle couleur.
Au début, je me suis demandée pourquoi près du jaune ? Et pourquoi pas un rose/bronze ? Tout bien réfléchi, avec du jaune cela a effectivement un petit côté chic, très sympathique. J'ai envie de tenter l'aventure au milieu de mes choisyas "Sundance" afin de leur donner un peu d'élan, sur fond de sureau "Black lace" et en compagnie de carex comans bronze & buchananii.
Donc plein soleil et sol filtrant ne lui font pas peur ?
Un grand MERCI à C.Ost grâce à qui je viens de découvrir la pépinière de la Roche Saint Louis : une caverne d'Ali Baba !
Rédigé par : Marina | 29/11/2011 à 13:06
Et j'oubliais aussi Digitalis obscura, pour qui a un jardin bien sec! http://www.rustica.fr/tribunes-d-experts/digitalis-obscura-pour-jardins-ensoleilles-et-secs,2703.html
Rédigé par : Bulbi | 29/11/2011 à 13:07
Merci Bulbi. J'ai toujours pensé que les digitales aimaient l'ombre et la fraicheur..donc pas pour mon jardin. Digitalis obscura va très certainement trouver sa place près des diéramas.
Rédigé par : Marina | 29/11/2011 à 13:36
très jolie cette digitale! je serai contente d'en planter chez moi au sec...
Rédigé par : Catherine D | 29/11/2011 à 18:35
je ne connaissais pas cette digitale ,ton article est très interressant ce qui permet de trouver des nouvautées
Rédigé par : camille | 30/11/2011 à 08:38
Oui, Marie-Claude, il faut que j'avoue ce comble pour un jardinier: je n'aime pas beaucoup les roses. Plus précisément, j'aime les roses dans un bouquet, mais je n'aime pas les rosiers, hormis les rosiers lianes.
Bulbi, tu es une encylopédie ambulante. c'est toi qui devrait écrire mes articles!!! Je ne connaissais pas les D. stewartii, D. laevigata et D. obscura. Elles m'intéressent évidemment au plus haut point. Un rapide petit tour sur le net m'apprend qu'on en trouve facilement des graines ...
Marine, Catherine et les autres, je vous garantis sur facture que ces deux digitales D. ferruginea et D. parviflora) apprécient le soleil et un sol sec. Y a plus qu'à essayer!
Merci Camille, Claire et tutti quanti!
Rédigé par : sophie | 30/11/2011 à 10:21
Que leur faudraient-elles pour que tu les aimes, tout au moins que tu les apprécies dans un jardin ?
Rédigé par : Marina | 30/11/2011 à 12:04
Je suis loin d'avoir ton talent d'écriture Sophie! Tes billets sont super parce qu'en plus des plantes dont tu nous parles, tu varies les sujets, nous fais découvrir des endroits sympas, tu nous donnes des idées ou fais ressortir des idées que l'on avait zappé (tiens! Mais oui! J'ai un paquet de graines de Dianthus arenarius qui traine quelque part! ^^), c'est toujours très bien illustré et une chose que j'aime beaucoup : tu suis tes idées, tes goûts et pas les "tendances" qui ont tendance, justement, à m'agacer! ^^
Mais sinon, je peux dire que le semis fonctionne très bien et pour cette Digitalis obscura, elle fonctionne effectivement très bien au soleil et dans un sol franchement sec, je l'ai testé dans une terre très sableuse en bord de mer, avec une ombellifère annuelle de chez Silene dont j'ai oublié le nom et la belle Scabiosa atropurpurea! Ici dans mon jardin ombragé à la terre argileuse, même pas la peine d'y penser! Tu as raison de l'essayer Marina.
Avec le temps, je deviens de moins en moins fan des rosiers aussi, et comme souvent, je me tourne vers les espèces botaniques et certaines sont vraiment interessantes je trouve, Rosa hugonis et Rosa primula restent des valeurs sûres pour moi. Il y a des choses sympas quand on regarde le catalogue de la pépinière des roses Loubert.
Rédigé par : Bulbi | 30/11/2011 à 12:55
Marina, c'est le port, l'allure de l'arbuste qui justement n'en a pas qui me dérange. Mais comme le dit Bulbi quelques espèces botaniques aux fleurs simples et beaux aiguillons réussissent à me plaire.
Merci, merci Bulbi, tu finis par me faire rougir!
Rédigé par : sophie | 30/11/2011 à 18:56
Le rosier chinensis mutabilis trouve-t-il grâce à vos yeux ? Moi je l'adore. Il est fondu dans un massif et je ne vois qu'un semis de papillons qui changent de couleurs et jamais ne s'envolent. Nous sommes le 1er décembre et il est encore couvert de fleurs, ses jeunes pousses sont pourpre/bronze, son feuillage vert sombre discret, ses fleurs passent par le chamois, le cuivré. Là elles sont vieux rose vif à cause des températures qui chutent. Et son parfum un peu piquant de poivre...
Sophie, je soutiens l'avis de Bulbi. C'est un plaisir toujours renouvelé que de découvrir tes écrits, tant par la variété que par la qualité. Tu nous mènes de voyages en découvertes, de l'autre côté du Channel ou au bout du jardin.
Rédigé par : Marina | 01/12/2011 à 10:10
Une amie en a un qui trône au milieu de son entrée et je dois reconnaître qu'il est pas mal du tout, mais je ne suis pas prête à en planter un ici.Puis un rosier ça va, mais il y a des jardins qui dégoulinent de roses partout et là, j'ai du mal!
Et merci pour le reste Marine. Ne soyons pas faussement modeste, ça fait toujours plaisir.
Rédigé par : sophie | 01/12/2011 à 12:43
Ah, cette couleur à laquelle je n'aurais jamais pensé mais dont lo-de-la-sibérie-normande nous a détaillé un magnifique ensemble et à laquelle tu consacres toi aussi un merveilleux article! De mon côté, je tente un ensemble plus réduit, dans les tons corail (que tu n'aimes pas, si j'ai bien compris à d'autres de tes articles, sur les persicaires notamment); malheureusement, je suis plus souvent dans le rose que dans le corail.
Dans ce ton mordoré, il faut absolument que tu plantes Rumex flexuosus, qui donne, sur une plante bronze, un brouillard du même ton (20cm de haut). Les plantes qui ont fleuri sont mortes chez moi, j'espère qu'il s'est ressemé, je n'ai pas récolté de graines car je ne les ai pas remarquées s'il y en a eu. Je trouve le fenouil bronze assez décevant (il verdit en vieillissant, seules ses jeunes feuilles restant bronze), mais j'ai justement planté l'heuchère Caramel au pied d'un rosier 'Charity' (là où il y avait un Gh de F devenu trop grand et que j'ai déplacé), car elle brûlait au soleil (Gh de F pâlissait également trop vite, ouvrant des fleurs souvent déjà presque blanches). Je suis sûr que d'autres cultivars d'heuchères pourraient mieux tenir que Caramel en exposition ensoleillée, il faudrait les essayer. Peut-être 'Southern Comfort' ou 'Kassandra' (je cultive la première, pas la seconde).
Pour les roses, il y a, surtout parmi les moschata, des choses magnifiques et naturelles et de tailles diverses comme 'Francis E. Lester', 'Ballerina'. Tu devrais faire un tour sur le site de Lens, à la rubrique qui leur est consacrée. Moi non plus, je n'aime guère les rosiers dégingandées et raides, je préfère ceux qui ont un port souple. Mais même parmi les floribunda et hybrides de thé, certains sortent du lot comme les réputés 'The Fairy' (rampant) et 'Iceberg' (ce dernier, on pourrait qualifier son port de malingre, mais ça lui donne au moins une certaine souplesse, qui me fait penser aux roses sous verre des contes de fée).
Rédigé par : laurent | 02/12/2011 à 16:36
L'expérience de D. ferruginea et parviflora a fait long feu dans mon jardin limousin. Je me suis demandée si je ne les avais pas traitées avec tous les égards dûs à leur rang, mais là tu m'apprends qu'elles sont tout aussi éphémères autre part que chez moi. Un peu rassurant quand même. J'avais aussi espéré qu'elles se ressèment spontanément ; je crois comprendre qu'il faut en fait leur donner un coup de pouce.
Les documents présentés par Bulbi, que je salue au passage, m'ont fait découvrir D. stewartii et D. leavigata et je dois avouer que je suis très, très tentée. D. obscura me fait penser, qu'au vu des conditions extrêmes dans lesquelles elle prospère, il ne devrait pas être trop dur de l'acclimater ici.
Merci pour ce bel article et les envies qu'il suscite.
Rédigé par : picvert | 03/12/2011 à 20:04